La Première Guerre mondiale et ses conséquences
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5. Le syndicalisme paysan

5.4. Les conflits ruraux

Après le congrès national constitutif de la CGPT, une Union départementale du syndicat se constitua autour de Charles Duris, artisan sabotier, propriétaire exploitant de la très petite propriété de " Bastore " à Montgaillard. Il fait partie des nombreux artisans ou petits fonctionnaires qui se joignent aux métayers dans les syndicats. Le président de l'Union départementale de la CGPT est Pierre Lafargue, de Lacquy, métayer à Labadie. Un congrès de secteur de la CGPT se tient à Mont-de-Marsan, le 16 août 1931. Rassemblés dans la caserne Lacaze qui accueille la Bourse du Travail, les délégués, une centaine, reprennent les revendications du syndicat et notamment, le paiement des impôts avec les produits invendus, et une réforme agraire qui redistribuerait la terre aux paysans. À l'initiative du syndicat nouvellement créé, des conflits se multiplient alors dans le pays landais.


Plusieurs métayers communistes de Roquefort, Mont-de-Marsan et Villeneuve, ayant pris la décision de ne plus donner de redevances aux propriétaires, les conflits se règlent devant les tribunaux : le juge de paix de Mont-de-Marsan déboute un propriétaire de Bougue, tandis que le juge de Villeneuve donne gain de cause à un autre métayer de la ville. Le 3 mars 1932, plusieurs métayers du canton de Roquefort sont également traduits devant le juge, en présence de 200 métayers venus les soutenir. Défendus par Jacques Desnots, délégué par la CGPT, les métayers sont finalement relaxés. Au printemps 1932, trois métayers de Lacquy sont cependant condamnés par le juge de Villeneuve-de-Marsan pour non-paiement de redevance. Il s'agit de Baptiste Labescaut (de " Gouillardin "), Justin Deyts (de " Le Crouzas ") et de Jules Randé (de " La Teyrote "). Les propriétaires sont B. Laforgue de Villeneuve, pour le premier, et la marquise de Boisséson, de Lacquy, pour les deux autres.


Renaud Jean, lui-même, participa à l'effervescence sociale du milieu métayer landais. Le 9 octobre 1932, il anime une réunion publique à Saint-Yaguen en soutien à la famille de Jean Duffau, métayer de la commune, dont les biens ont été saisis en remboursement d'un prêt contracté auprès de son propriétaire, prêt que Jean Duffau ne peut plus payer à cause de la baisse de ses revenus dans cette période de crise économique. Renaud Jean apporte le soutien du P.C.F. à la famille du métayer. Le 10 novembre 1932, le leader national de la CGPT interpelle le gouvernement à la Chambre, en citant la lutte des paysans landais contre les effets de la crise, les corvées et redevances, les saisies.


Parallèlement à ces actions syndicales, les militants communistes, et notamment Vital Gilbert, poursuivent leur travail de constitution et de développement des comités de défense paysanne (comité Darrambide-Belloc, comité de défense de viticulteurs, comité Alnet…) qui prennent en charge les intérêts des petits paysans et des métayers victimes de la crise et des mesures de leurs propriétaires. La production de lait ayant une grande importance pour les métayers (ils en reçoivent l'intégralité, ce qui représente donc un revenu important), on assiste à une forte mobilisation pour l'augmentation du prix du lait dans les syndicats. Le principal industriel laitier de la région est alors Graciet, installé à Urt ; mais la vente directe aux particuliers, notamment aux habitants des villes, a un rôle très important.


À côté de ces regroupements de classe liés au P.C.F., il existe également des syndicats mixtes, rassemblant à la fois des métayers et des propriétaires, comme celui de Rion-des-Landes, dont le secrétaire général est en 1926 Pascal Dulau. Impulsés par les parlementaires et les notables radicaux, ces syndicats qui ont été nombreux au début du siècle, s'essoufflent rapidement. Ainsi, le syndicat mixte d'Arengosse est constitué le 4 avril 1926, mais ne regroupe que quelques métayers, résiniers et vignerons.


En revanche, les syndicats liés à la C.G.T. sont actifs et constituent pour les militants communistes leurs principaux concurrents. Dynamisée par leur confrontation avec les structures paysannes initiées par le P.C.F., l'Union des syndicats confédérés de l'Adour intensifie ses actions. En 1928, elle regroupe 24 syndicats de métayers. D'autre part, au début des années 1930, le mouvement des jeunes ruraux affilié à la Jeunesse Agricole Catholique (JAC), fondé en 1929 à partir de l'Action Catholique de la Jeunesse Française, apparaît dans les Landes. Il naît sous l'impulsion du démocrate-chrétien, René Lafourcade, que l'abbé Bordes a incité à sillonner les campagnes afin de faire connaître aux agriculteurs les mesures à prendre pour améliorer la production agricole. Les coopératives s'appuient sur les caisses de crédit agricole, unifiées depuis 1920, qui ont accru leur concours grâce à une dotation de l'État quatre fois plus forte (en valeur or) qu'en 1914. L'effort financier est cependant encore insuffisant pour permettre aux syndicats et aux coopératives, encouragés par la loi de 1920, d'atténuer les incertitudes du petit producteur.


D'autre part, le développement du mouvement coopératif se poursuit toujours dans une orientation radicale, sous l'impulsion notamment de Jean Valois, professeur au lycée de Mont-de-Marsan. Cofondateur de la coopérative " La Landaise " au conseil d'administration de laquelle il est élu en 1919 à son retour de captivité, il devient ensuite administrateur de l'Union régionale coopérative (UDC) du Sud-Ouest, après la fusion entre cette structure et " La Landaise ". Le secrétaire de la coopérative agricole du Sud-Ouest est alors Jacques Cadroy, petit propriétaire-exploitant et juge de paix suppléant, qui est conseiller municipal d'Aire-sur-l'Adour sur une liste de type Cartel des gauches.


Individuellement, certains propriétaires commencent à faire une situation plus favorable aux métayers, notamment en prenant en compte l'accord de Dax en 1920 voire en allant au-delà, à l'image d'Alfred de Gorestarzu, maire de Saint-Vincent-de-Tyrosse. Cependant, la propriété paysanne ne progresse guère, ce qui est un frein à la modernisation. En 1929, on compte dans le département 34 523 exploitations, dont 11 810 mises en valeurs par un propriétaire-exploitant et 22 713 par des fermiers ou des métayers. Les situations économiques et sociales restent extrêmement diversifiées, en particulier selon les revenus, et rendent difficile une modernisation et une mécanisation pourtant nécessaires, alors même que la crise économique frappe durement les paysans. Cependant, le 18 avril 1921, un plan d'électrification des Landes est décidé par le Ministère des Travaux public et le conseil général et, en 1925-1926 des syndicats locaux de distribution se constituent. D'autre part, en novembre 1931, à Saint-Martin-de-Hinx est créée une station d'expérimentation du maïs, à l'initiative des chambres d'agriculture des Landes et des Basses-Pyrénées.


Si l'agriculture landaise retrouve rapidement les chiffres de production d'avant-guerre, à l'exception d'un léger accroissement de la productivité, aucune modification importante des structures n'est intervenue. À mesure que disparaissent les petits métiers artisanaux traditionnels, la majorité de la population active vit dans un état de sous-emploi. La production y est alors à la fois trop chère, et d'un rapport insuffisant. Le protectionnisme du gouvernement français maintient le prix du blé au-dessus des prix mondiaux, mais ces mesures favorisent surtout les gros exploitants, dont les bénéfices leur permettent d'améliorer leur production.
 
 

 



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